Un monde, des mondes, des
contradictions, des extrêmes et au milieu, quelque part, peut-être dans un tube
(pourquoi pas ?), l'étoile.
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Si nous passons de la psychologie expérimentale et objective à la psychologie intime et subjective de notre temps qui s'exprime en poésie, en musique et en littérature, nous trouvons qu'un immense souffle d'ésotérisme inconscient les traverse. Jamais l'aspiration à la vie spirituelle, au monde invisible, refoulée par les théories matérialistes des savants et par l'opinion mondaine, n'a été plus sérieuse et plus réelle. On retrouve cette aspiration dans les regrets, dans les doutes, dans les mélancolies noires et jusque dans les blasphèmes de nos romanciers naturalistes et de nos poètes décadents. On la retrouve dans cette soif populaire de fantastique, de mythe, de mystère. Jamais l'âme humaine n'a eu un sentiment plus profond de l'insuffisance, de la misère, de l'irréel de sa vie présente, jamais elle n'a aspiré plus ardemment à l'invisible au-delà, sans parvenir à y croire.
Quelquefois même son intuition arrive à formuler des vérités transcendantes qui ne font pas partie du système admis par sa raison, qui contredisent ses opinions de surface et qui sont d'involontaires fulgurances de sa conscience occulte.
Ainsi ce passage d'un rare penseur qui a goûté toute l'amertume et toute la solitude morale de ce temps-ci.
« Chaque sphère de l'être, dit Frédéric Amiel, tend à une sphère plus élevée et en a déjà des révélations et des pressentiments. L'idéal, sous toutes ses formes, est l'anticipation, la vision prophétique de cette existence supérieure à la sienne, à laquelle chaque être aspire toujours. Cette existence supérieure en dignité est plus intérieure par sa nature, c'est-à-dire plus spirituelle. Comme les volcans nous apportent les secrets de l'intérieur du globe, l'enthousiasme, l'extase sont des explosions passagères de ce monde intérieur de l'âme, et la vie humaine n'est que la préparation et l'avènement de cette vie spirituelle. Les degrés de l'initiation sont innombrables. Ainsi, veille, disciple de la vie, chrysalide d'un ange, travaille à ton éclosion future, car l'odyssée divine n'est qu'une série de métamorphoses de plus en plus éthérées, où chaque forme, résultat des précédentes, est la condition de celles qui suivent. La vie divine est une série de morts successives où l'esprit rejette ses imperfections et ses symboles et cède à l'attraction croissante du centre de gravitation ineffable, du soleil de l'intelligence et de l'amour. »
Si Amiel n'était habituellement qu'un « hégélien » très intelligent, doublé d'un moraliste supérieur, il fut, le jour où il écrivit ces lignes, profondément habité d'une conscience supérieure. Il s'exprima alors selon son art mais l'on retrouve parfois ces émanations de conscience dans certains poèmes, passages de livres, tableaux, photos ou films.
La foi s'exprime alors, consciente ou inconsciente mais toujours inspiratrice d'une émanation différente qui ne saurait être produite par la seule nature de l'humain. La foi, a dit un grand docteur, est le courage de l'esprit qui s'élance en avant, sûr de trouver la vérité. Cette foi-là n'est pas l'ennemie de la raison mais son flambeau ; c'est celle de Christophe Colomb et de Galilée, qui veut la preuve et la contre-épreuve, provando e riprovando, et c'est la seule possible aujourd'hui.
Pour ceux qui l'ont irrémédiablement perdue, et ils sont nombreux, car l'exemple est venu de haut, la route est facile et toute tracée : suivre le courant du jour, subir son siècle au lieu de lutter contre lui, se résigner au doute ou à la négation, se consoler de toutes les misères humaines et des prochains cataclysmes par un sourire de dédain et recouvrir le profond néant des choses, auquel seul on croit, d'un voile brillant qu'on décore du beau nom d'idéal, tout en pensant que ce n'est qu'une chimère utile.
Quand à nous, mes frères en interrogations, qui croyons que l'Idéal est la seule vérité au milieu d'un monde changeant et fugitif, ne cessons jamais d'espérer!
Gardons cette foi car l'espérance est le moteur des aspirations et des réalisations créatrices de l'homme. En cela, par cela, sans soute sommes nous semblables à Dieu, créateurs des instants à venir, imaginants et réalisants ainsi la réalité au-delà de la réalité, voyant ce qui ne brille que derrière le voile opaque des apparences.
Publié par kristo à 17:00:05 dans Tubulures | Commentaires (7) | Permaliens
L'aurore que j'aime se lève la
nuit resplendissante et n'aura pas de couchant
Al-Hallâj
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