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Etoiles et tubes ?

Un monde, des mondes, des contradictions, des extrêmes et au milieu, quelque part, peut-être dans un tube (pourquoi pas ?), l'étoile.

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Scènes de jour de grève des transports dans l'univers urbain. | 19 octobre 2007

 

 

1ère scène


Une foule bigarrée, compressée, angoissée, à la fois résignée et impulsive a investi les alentours d'un arrêt de bus. Un peu comme la marrée recouvrant les bouchots alignés sur les côtes de Vendée... Bon, la moule, elle s'en fout. Elle a une conscience de moule. Là, non. Pour les hommes et les femmes, le monde bascule, les habitudes s'écroulent, le futur devient d'un coup totalement imprévisible, insondable. Les questions simples n'ont plus de réponses. Puisque nous ne supportons plus la pourtant normale incertitude de nos vies et que, dans le même temps, nous ne nous posons plus comme acteurs de notre propre destin, voilà que nous avons peur. « Je vais arriver en retard. Serais-je seul ? ». Alors on guette d'un regard le regard inquiet de l'autre. « Celui là ne va pas être en avance non plus » . Ouf, on ne sera pas seul ! Ce retard sera assumé collectivement, nationalement, presque anonymement. Ce soir, on écoutera les infos pour se rassurer et se dire que, décidément, on n'aurait jamais pu arriver à l'heure. Et puis, on a fait un effort nous ! Les collègues ont posé des RTT, les feignants ! Ainsi, nous pourrons à nouveau rentrer dans la norme rassurante du quotidien, dans la foule des gens qui font pareils, pas bien.

2ème scène


Sur le bord de la route, 1 jeune femme tente de faire du stop. L'automobiliste arrêté dans l'embouteillage ne peut faire autrement que d'accepter la discussion. La vitre électrique descend (enfin, pas jusqu'en bas quand même, on ne sait jamais !). « A Nanterre ? Euuuuhhh. Oui, enfin non... pas vraiment. Ca avance devant. Bon courage ». La voiture redémarre nerveusement pour effectuer les 7 ou 8 mètres la menant dans le pare-chocs du véhicule précédent. Derrière, la blonde décolorée au volant de sa Cooper « S » parle depuis 10 mn au téléphone avec des expressions hystériques. Elle voit la jeune femme et le geste du pouce levé. Elle accélère en faisant bien attention à ne pas croiser son regard. Les pneus gémissent sur le bitume et ils gémissent encore un peu plus loin, au freinage, dans le cul de M. « Bon courage ». La peur, l'ignorance, la bêtise... Terrible.

3ème scène


Je marche en compagnie de 4 femmes qui, comme moi, se sont résignées à faire quelques km de marche. L'une d'entre elles, enjouée, hèle un bus privé rentrant au dépôt, vide de tout passagers. Le conducteur s'arrête. Devant la spontanéité et le joli minois de la demoiselle, il craque. « Oui, allez, montez, je vous dépose ! » Et nous voilà à 5 dans ce bus de 60 places, hilares de nous en tirer comme cela. 20 mn de plaisanteries échangées avec le chauffeur et nous voilà arrivés. Les filles pouffent, le charrient gentiment et lui font une multitude de bises. Il est rouge, étonné et ravi. Moi, je lui serre la main et lui dit un vrai grand merci avec toute la chaleur dont je pouvais faire preuve. Dans ses yeux, je vois la jolie lueur de celui qui a fait quelque chose de bien pour les autres. Cette petite action altruiste qui nous rend plus grands, qui nous éclaire à l'intérieur. La journée commençait mal. Finalement, je descends heureux, vraiment.

J'entre dans mon bureau en sifflant. Je constate avec stupeur que je suis arrivé plus tôt que les autres jours !


Publié par kristo à 16:26:27 dans Humeurs | Commentaires (9) |