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Etoiles et tubes ?

Un monde, des mondes, des contradictions, des extrêmes et au milieu, quelque part, peut-être dans un tube (pourquoi pas ?), l'étoile.

Vos avis m'intéressent !

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Victor Hugo - À Madame D. G. de G. | 26 avril 2007

 

C'est beau non ? J'aimerais avoir ce talent !

Jadis je vous disais : - Vivez, régnez, Madame !
Le salon vous attend ! le succès vous réclame !
Le bal éblouissant pâlit quand vous partez !
Soyez illustre et belle ! aimez ! riez ! chantez !
Vous avez la splendeur des astres et des roses !
Votre regard charmant, où je lis tant de choses,
Commente vos discours légers et gracieux.
Ce que dit votre bouche étincelle en vos yeux.
Il semble, quand parfois un chagrin vous alarme,
Qu'ils versent une perle et non pas une larme.
Même quand vous rêvez, vous souriez encor.
Vivez, fêtée et fière, ô belle aux cheveux d'or !
Maintenant vous voilà pâle, grave, muette,
Morte, et transfigurée, et je vous dis : - Poëte !
Viens me chercher ! Archange ! être mystérieux !
Fais pour moi transparents et la terre et les cieux !
Révèle-moi, d'un mot de ta bouche profonde,
La grande énigme humaine et le secret du monde !
Confirme en mon esprit Descartes ou Spinosa !
Car tu sais le vrai nom de celui qui perça,
Pour que nous puissions voir sa lumière sans voiles,
Ces trous du noir plafond qu'on nomme les étoiles !
Car je te sens flotter sous mes rameaux penchants ;
Car ta lyre invisible a de sublimes chants !
Car mon sombre océan, où l'esquif s'aventure,
T'épouvante et te plaît ; car la sainte nature,
La nature éternelle, et les champs, et les bois,
Parlent à ta grande âme avec leur grande voix !

Paris, 1840. - Jersey, 1855.

 

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Publié par kristo à 18:04:00 dans Les poèsies que j'aime | Commentaires (0) |

Blaise CENDRARS - Feuilles de route I. Le Formose. Lettre | 13 avril 2007


Tu m'as dit si tu m'écris
Ne tape pas tout à la machine
Ajoute une ligne de ta main
Un mot un rien oh pas grand'chose
Oui oui oui oui oui oui oui oui

Ma Remington est belle pourtant
Je l'aime beaucoup et travaille bien
Mon écriture est nette et claire
On voit très bien que c'est moi qui l'ai tapée

Il y a des blancs que je suis seul à savoir faire
Vois donc l'oeil qu'a ma page
Pourtant pour te faire plaisir j'ajoute à l'encre

Deux trois mots
Et une grosse tache d'encre
Pour que tu ne puisses pas les lire

Du monde entier

 

Blaise Cendrars


Publié par kristo à 15:53:03 dans Les poèsies que j'aime | Commentaires (0) |

Blaise CENDRARS - Lettre à Féla | 13 avril 2007


1er septembre 1912
p. 268

À Féla. Je suis tranquille dans une toute petite chambre que je partage avec le poète Szittya. La chambre est dans un petit hôtel, rue Saint-Etienne-du-Mont. La fenêtre donne sur l'église et le cloître. Les cloches sonnent. Une chandelle brûle sur la table. De l'encens brûle dans la flamme. Nous avons acheté un peu d'encens pour parfumer ce banal local. Szittya y a apporté quelques tableaux. Moi, la série des femmes grosses de Holbein, au-dessus de la table. La chambre est très paisible. Je suis heureux, tranquille, un peu triste, comme si j'étais très vieux. Szittya est très doux. Il a des gestes étranges, hoffmanesques. Je le nomme le chef d'orchestre du mystère. Il vit en sourdine. Nous n'avons pas mangé. Avec les derniers trois sous, j'ai acheté quelques f leurs. En voici quelques pétales. Conserve bien cette précieuses relique d'un jour bon. Nous avons parlé de beaucoup de choses, avec des mots choisis et en des images rares. Pas de brutalité. Nous sommes si loin de tout et au milieu de la vie.
Il commence à pleuvoir contre la vitre. Je me souviens que c'est le jour de mon anniversaire. Je me regarde dans le miroir et voudrais effacer l'image qui me regarde.
Je pense à toi. C'est pourquoi je t'écris cette page. L'heure sonne. La chandelle est au bout. Je t 'aime beaucoup. Ta présence est ici...

Blaise Cendrars


Publié par kristo à 15:32:27 dans Les poèsies que j'aime | Commentaires (0) |

Vladimir Maïakovski - Ecoutez ! | 12 avril 2007

Je ne résiste toujours pas à vous faire lire ou découvrir ceci: 

 

Écoutez !
Puisqu'on allume les étoiles,
c'est qu'elles sont à
quelqu'un nécessaires?
C'est que quelqu'un désire
qu'elles soient?
C'est que quelqu'un dit perles
ces crachats?
Et, forçant la bourrasque à midi des poussières,
il fonce jusqu'à Dieu,
craint d'arriver trop tard, pleure,
baise sa main noueuse, implore
il lui faut une étoile!
jure qu'il ne peut supporter
son martyre sans étoiles.

 

Ensuite,
il promène son angoisse,
il fait semblant d'être calme.
Il dit à quelqu'un :
" Maintenant, tu vas mieux,
n'est-ce pas? T'as plus peur ? Dis ? "

Écoutez !
Puisqu'on allume les étoiles,
c'est qu'elles sont à quelqu'un nécessaires ?
c'est qu'il est indispensable,
que tous les soirs
au-dessus des toits
se mette à luire seule au moins
une étoile?


Publié par kristo à 16:54:53 dans Les poèsies que j'aime | Commentaires (0) |

Vladimir Vladimirovitch Maiakovski - Lettre de Paris au camarade KOSTROV sur l'essence même de l'amour | 10 avril 2007

Pardonnez-moi donc camarade Kostrov,

avec votre largeur d'esprit,

d'avoir dissipé en lyrisme des strophes,

qui m'étaient allouées pour Paris.

Regardez, la belle qui fait son entrée,

parée de fourrures et perles,

c'est d'elle que je m'étais aussitôt emparé :

Fallait-il ou pas lui parler ?

Camarade, j'arrive de 1'U.R.S.S,

on me connaît dans ma patrie.

J'ai vu des filles de plus d'allure,

j'ai vu des filles de plus d'esprit.

Les poètes sont chers aux femmes,

avec ça j'ai de l'astuce,

et pour peu qu'elles prêtent l'oreille

je leur conte des merveilles.

Je ne mords pas à l'ordure,

à l'appât de basses fredaines.

Eternel blessé d'amour

c'est à peine si je me trahis.

Fausses mesures d'amour, les noces,

- s'évapore qui se déprend -

camarade, quant aux cloches

je m'en moque éperdument.

Mais tout ça c'est des vétilles,

j'ai ri bien assez,

je n'ai plus vingt ans, ma fille,

mais trente ans passés.

L'amour ce n'est pas se promener bouillant,

ce n'est pas du charbon l'ardente brûlure,

mais c'est ce qui monte des monts des poitrines

plus haut que la jungle des chevelures.

Aimer, c'est courir au fond de la cour,

et jusqu'au soir des vers luisants.

briller de la hache, casser des trônes,

jouant de sa propre puissance.

Aimer, c'est des draps en loques d'insomnies

s'arracher, jaloux de Copernic,

lui, et non le mari d'une Marie,

étant le rival maudit.

L'amour n'est pas paradis délicieux,

l'amour c'est quand cela souffle en vous

et que du cœur le moteur rouillé

se remette en marche, à nouveau.

De Moscou vous êtes coupée

lieux et temps aidant,

comment puis-je vous expliquer

cet étrange état ?

De la terre au ciel, les feux,

dans le ciel, les astres en nombres.

Si je ne m'étais fait poète,

je serais un astronome.

La ville mène un train d'enfer,

moi, je me promène,

sur les pages de mon carnet

j'écris des poèmes.

Les autos courent les chaussées,

mais elles me ménagent,

les futées savent ce que c'est,

qu'un homme en extase.

Jusqu'aux bords je suis plein,

- rêves, apparitions, -

il en pousserait des ailes,

même à un ourson.

Alors, dans quelque infâme bistrot,

enfin, la bouillie est prête,

de la gorge aux étoiles fuse le mot,

naissance dorée d'une comète !

Sur un tiers du ciel s'étale sa queue,

ses plumes flambent, se dressent,

pour qu'à deux amoureux la voie lactée

dans les branches des lilas apparaisse.

Pour entraîner, soulever, guider

ceux dont la vue se délabre,

pour trancher les têtes d'ennemis hideux

d'une queue luisante de comète.

L'attente dans chaque battement du cœur,

à mon rendez-vous sempiternel,

j'attends qu'enfin reprenne sa rumeur,

l'amour humain, simple et éternel.

La tempête, le feu, et l'eau

assiègent la forteresse.

Qui saurait en mater l'assaut ?

Vous ? Ça m'intéresse ! ...

Maiakovski : En savoir +

Publié par kristo à 15:08:28 dans Les poèsies que j'aime | Commentaires (0) |

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